Toutes les marques du Québec font face au même choix : tourner la vidéo deux fois, ou la tourner une fois et se contenter de sous-titres dans l’autre langue. Le doublage IA change le calcul. Un même film peut maintenant sortir avec une piste française et une piste anglaise, la même voix dans les deux, et des lèvres qui suivent les nouveaux mots. La difficulté s’est déplacée. Elle se trouve désormais dans la loi, l’accent et les détails.
Ce que demande la loi
L’Office québécois de la langue française résume la règle en une ligne : l’affichage public et la publicité commerciale doivent se faire en français. Une autre langue peut figurer à côté, à condition que le français soit nettement prédominant, ce que l’Office traduit par un texte qui paraît au moins deux fois plus grand. Avec la loi 96, de nouvelles règles entrées en vigueur le 1er juin 2025 ont resserré la place que les marques de commerce affichées doivent laisser au français.
La vidéo suit la même logique. Le guide de l’Office sur les médias sociaux précise que les publications commerciales portant sur des produits ou des services destinés au marché québécois doivent être en français, vidéos comprises. Quand une publication est aussi diffusée dans une autre langue, la version française doit être au moins équivalente.
« Au moins équivalente » : voilà l’expression à retenir. Un film anglais soigné accompagné d’une version française qui sonne comme une réflexion après coup se trouve du mauvais côté de la ligne.
Ce qu’attend le public
Le recensement explique pourquoi la version française ne peut jamais être la moindre des deux. En 2021, le français était la première langue officielle parlée de 84,1 % des Québécois, et l’anglais celle de 14,9 %. Le bilinguisme est élevé selon les standards canadiens, à 46,4 %, ce qui veut quand même dire que plus de la moitié des Québécois ne peuvent pas soutenir une conversation dans les deux langues.
À qui vous parlez au Québec
Part de la population du Québec, Recensement de 2021
| Mesure | Part de la population |
|---|---|
| Français, première langue officielle parlée | 84,1 % |
| Bilingues français-anglais | 46,4 % |
| Anglais, première langue officielle parlée | 14,9 % |
L’anglais compte aussi. Une marque québécoise qui vend à Toronto, à Calgary ou à Boston a besoin d’une version anglaise qui ne sonne pas traduite. Deux publics, deux premières impressions, et chacun mérite d’avoir l’impression de voir l’original.
Ce que le doublage IA change
Le doublage classique, c’est une nouvelle distribution des voix, du temps de studio et des lèvres qui ne suivent pas. Le doublage IA peut garder une seule voix dans les deux langues et ajuster le mouvement de la bouche aux nouveaux mots. Pour une fondatrice qui parle à la caméra, la différence saute aux yeux : elle peut s’adresser à Montréal et à Toronto avec sa propre voix.
Cette voix lui appartient. L’article 36 du Code civil du Québec considère comme une atteinte à la vie privée le fait d’utiliser la voix d’une personne à toute autre fin que l’information légitime du public. Les artistes d’ici se sont fait entendre : en 2023, l’Union des artistes a réclamé un moratoire sur les outils de synthèse vocale basés sur l’IA et, à terme, une loi pour protéger les artistes québécois. Consentement écrit, usage défini, durée définie : c’est le minimum. Plus de détails sur le consentement des présentateurs synthétiques.
Là où les voix synthétiques trébuchent encore
L’accent. Une voix française qui sonne parisienne n’atterrit pas pareil à Longueuil. Demandez explicitement du français québécois, et faites écouter le résultat par un Québécois avant toute approbation.
La longueur. Le français demande souvent plus de mots que l’anglais pour dire la même chose. Un texte minuté à 30 secondes en anglais peut déborder en français. Écrivez les deux textes dès le départ, et calez le montage sur le plus long.
Les noms et les chiffres. Noms de rue, prix, noms de produits, expressions locales : c’est exactement là qu’une voix synthétique bute et qu’une personne d’ici n’hésite jamais. Prévoyez une passe de prononciation.
Le texte à l’écran. Un doublage parfait avec des titres anglais à l’écran reste une vidéo anglaise. Surimpressions, cartons de fin et sous-titres ont besoin de leur version française, avec un français au moins aussi visible.
Comment planifier une vidéo bilingue
Faites du français la version de référence, puisque la loi québécoise et la majeure partie de votre public québécois pointent dans cette direction. Écrivez les deux textes avant la production. Gardez le texte à l’écran sur des calques séparés pour pouvoir changer de langue. Prévoyez une révision par une personne de langue maternelle pour chaque version. Le doublage, c’est maintenant la partie facile. Le soin autour, c’est ce qui donne aux deux versions l’air de l’original.
Sources
- Médias sociaux : guide à l’intention des entreprises (Office québécois de la langue française, 2025)
- Affichage public et commercial : le saviez-vous ? (Office québécois de la langue française)
- Droits linguistiques : de nouvelles règles pour les entreprises (Éducaloi)
- Statistics on official languages in Canada, Recensement de 2021 (Patrimoine canadien, en anglais)
- Code civil du Québec, article 36 (LégisQuébec)
- L’UDA craint que l’IA remplace les artistes de la voix (Radio-Canada, 2023)