Les pubs faites avec l’IA ne sont plus des curiosités de festival. L’une a joué pendant la finale de la NBA 2025, plusieurs ont été diffusées au Super Bowl 2026, et quelques-unes se sont fait démolir quelques heures après leur sortie. Après les pubs des Fêtes de Coca-Cola et de McDonald’s, une marque qui envisage sa propre pub IA a maintenant un plus large échantillon pour apprendre.

Six cas, de 2024 à 2026, et la recherche sur la réaction du public dessinent un même portrait. Les pubs qui ont marché ont choisi la vidéo générée parce qu’elle servait l’idée, et l’ont tenue loin de ce qu’elle rend mal. Celles qui ont échoué misaient sur la nouveauté, demandaient au modèle de porter un visage humain tout au long d’une histoire émotive, ou s’appliquaient à une marque dont la valeur repose sur un savoir-faire visible.

REC UNE PUB DE 30 SECONDES TRI 300 À 400 GÉNÉRATIONS 15 EXTRAITS AU MONTAGE
La pub de Kalshi pendant la finale de la NBA : 300 à 400 générations pour 15 extraits utilisables, selon NPR. L’essentiel du travail, c’était de choisir.

Une commande absurde, faite pour le médium

En juin 2025, le marché de prédictions Kalshi a diffusé une pub de 30 secondes générée par IA pendant le troisième match de la finale de la NBA. Selon NPR, P.J. Accetturo, un vétéran de la publicité, l’a réalisée en deux jours, avec des coûts de consignes IA sous les 2 000 $ ; son propre cachet n’a pas été dévoilé. La pub enchaîne des scènes absurdes, d’une mariée qui fuit la police en voiturette de golf à un fermier dans une piscine remplie d’œufs, chaque personnage lançant son pronostic pour la finale.

La commande est venue en premier. Selon Accetturo, Kalshi l’a engagé pour faire « la pub de finale de la NBA la plus déjantée possible ». Ce ton convient à la vidéo générée. Dans un univers volontairement absurde, un geste bizarre ou un visage trop lisse passe pour une partie du gag : les défauts qu’un modèle produit encore ne coûtent plus de crédibilité. Le travail était dans la sélection : 300 à 400 générations pour obtenir 15 extraits utilisables. La pub a dépassé les 3 millions de vues sur le compte X de Kalshi en une semaine, et l’analyste Debra Aho Williamson a dit à NPR que l’angle IA, à lui seul, attirait l’attention.

Cette attention tenait au fait d’arriver tôt. Une marque qui copie la formule un an plus tard hérite de l’allure d’une pub IA, sans l’effet de surprise.

Généré là où le modèle est fort, filmé là où il est faible

Microsoft a pris une voie plus discrète avec une pub d’une minute pour ses ordinateurs Surface Pro et Surface Laptop destinés aux entreprises. Sur le blogue Microsoft Design, l’équipe explique que les plans générés ont servi aux coupes rapides et aux scènes où il y a peu de mouvement, et que les plongées verticales aidaient à empêcher le modèle d’inventer des erreurs. « Tout mouvement complexe, comme des gros plans de mains qui tapent au clavier, devait être tourné en direct », précise le billet. L’équipe parle de milliers de consignes et estime avoir économisé environ 90 % du temps et des coûts habituels, un chiffre qui vient de l’entreprise elle-même.

Selon PetaPixel, la pub était en ligne depuis environ trois mois, avec quelque 50 000 vues sur YouTube, quand Microsoft a révélé qu’elle faisait appel à l’IA générative, et personne ne l’avait remarqué. La méthode se trouve dans la liste des plans. Quelqu’un a décidé, plan par plan, ce qu’un modèle pouvait rendre de façon crédible, et le montage a gardé les plans générés assez courts pour que la dérive à l’intérieur d’un extrait n’ait pas le temps de paraître. Les mains, le produit en usage et tout ce qu’un spectateur examinerait de près sont restés devant la caméra.

Quand l’histoire repose sur un visage

Toys“R”Us a présenté en première, à Cannes Lions en juin 2024, un film de marque fait presque entièrement de vidéo générée. Produit par Toys“R”Us Studios et l’agence Native Foreign, il raconte les débuts du fondateur Charles Lazarus, avec Geoffrey la girafe qui apparaît dans un rêve. Selon Decrypt, l’équipe a réduit des centaines de plans itératifs à une vingtaine et ajouté des effets visuels correctifs, et WHP Global indique que le film porte une musique originale du musicien Aaron Marsh.

La réaction du milieu créatif a été dure ; un auteur cité par Decrypt y a vu « une abomination ». Un créateur de vidéos IA a relevé des problèmes avec les mains et avec l’apparence d’un personnage, qui ne restait pas la même d’une scène à l’autre. Une histoire d’origine sentimentale demande au public de s’attacher à un visage, et c’est justement entre des plans générés séparément que les visages dérivent. Une musique composée par un humain n’y pouvait rien.

Dunkin’ a frappé une variante du même mur au Super Bowl 2026. Sa pub en forme de sitcom des années 90 rajeunissait une distribution de vedettes, et la critique d’Adweek Audrey Kemp, qui attribue l’effet à l’IA, a trouvé le résultat « plus troublant que réconfortant ». L’analyse des conversations sociales des 8 et 9 février par Meltwater montre que Dunkin’ a accaparé 37 % des échanges sur le contenu IA bâclé dans les pubs du match, avec 42 % de sentiment négatif. Le public connaît ces visages célèbres, ce qui rend tout lissage synthétique plus facile à repérer.

La divulgation ne sauve pas un mauvais arrimage

Valentino a indiqué clairement que sa vidéo de la fin 2025 pour le sac DeVain était générée par IA, et l’a présentée comme un projet de création numérique réalisé avec des artistes numériques. Glossy a recensé des centaines de commentaires critiques qui la trouvaient « cheap » et « paresseuse ». L’étiquette était honnête. Le problème, c’était l’arrimage entre une maison de luxe et un médium que bien des gens associent au moindre effort.

La recherche appuie cette lecture. Dans trois expériences publiées en 2025 dans le Journal of Advertising Research, R. N. To et ses collègues ont constaté que révéler l’usage de l’IA dans des pubs de luxe amenait les consommateurs à juger la marque moins favorablement, parce que les pubs semblaient demander moins d’effort et paraissaient moins authentiques. La pénalité diminuait nettement quand les images générées étaient très créatives, au-delà de ce que les méthodes traditionnelles produiraient facilement.

Svedka a fait de l’IA le sujet même de sa pub du Super Bowl. Selon TechCrunch, cette pub de 30 secondes, conçue avec le studio IA derrière les pubs des Fêtes de Coca-Cola, était surtout générée par IA ; reconstruire la Fembot, personnage de la marque, et apprendre au modèle ses expressions et ses mouvements a pris environ quatre mois, et ce sont des humains qui ont écrit l’histoire. Meltwater a mesuré que Svedka a récolté 63 % de l’engagement autour des pubs liées à l’IA, avec un sentiment surtout neutre. La transparence a acheté de l’attention, sans grande chaleur.

Ce que mesure la recherche sur le public

NielsenIQ a testé des pubs générées par IA de qualité variable auprès de plus de 2 000 personnes, en mesurant l’activité cérébrale d’environ 150 d’entre elles, et a publié ses résultats en décembre 2024. Les participants ont jugé les pubs IA moins captivantes que les pubs classiques, et elles activaient moins la mémoire, peu importe leur qualité apparente. Les images de piètre qualité obligeaient le public à faire plus d’efforts pour décoder la pub, ce qui détournait l’attention du message.

L’étude de DoubleVerify, publiée en juillet 2026 auprès de 22 000 consommateurs dans 22 marchés, ajoute la variable de la qualité. Autour du Super Bowl, Meltwater a constaté qu’environ 6 % des mentions de pubs portaient sur l’IA, et que près de la moitié de celles-ci étaient négatives, surtout pour dire que les pubs IA manquaient d’inspiration ou de qualité.

La qualité tranche

Part de 22 000 consommateurs dans 22 marchés, juillet 2026

Disent qu’une pub IA bâclée ou« étrange » nuirait à leur opinionDisent qu’une pub IA bâclée ou « étrange » nuirait à leur opinion: 42 %42 %Voient d’un bon œil les pubs IAsoignées et professionnellesVoient d’un bon œil les pubs IA soignées et professionnelles: 40 %40 %Ne reconnaissent pas toujoursun contenu généré par IANe reconnaissent pas toujours un contenu généré par IA: 56 %56 %
Perception des pubs IA par les consommateurs, DoubleVerify, juillet 2026
ÉnoncéPart des consommateurs
Une pub IA bâclée ou étrange nuirait à leur opinion de la marque42 %
Voient d’un bon œil les pubs IA soignées et professionnelles40 %
Ne reconnaissent pas toujours un contenu généré par IA56 %
Source : DoubleVerify, Global Insights: Media Quality in the Age of AI (29 juillet 2026, en anglais).

Mis ensemble, ces chiffres montrent que la plupart des gens ne savent pas reconnaître à coup sûr une pub générée, mais qu’une pub visiblement ratée coûte cher à la marque. Le risque loge dans les plans faibles : c’est pourquoi le plan de tournage compte davantage que la part d’IA dans le montage.

Avant de commander une pub IA

  • Demandez pourquoi cette idée a besoin de vidéo générée. Si les seules réponses sont le coût et la nouveauté, attendez-vous à ce que le public le sente.
  • Vérifiez l’arrimage avec votre marque. Une marque de luxe ou de patrimoine paie plus cher l’impression de moindre effort ; une marque irrévérencieuse peut transformer les bizarreries d’un modèle en gags.
  • Exigez un plan de tournage qui indique, pour chaque plan, s’il est généré, filmé ou intégré, et pourquoi. Les mains, votre produit en usage et tout visage récurrent doivent avoir une réponse claire.
  • Prévoyez le budget du montage et du son comme pour une pub tournée, et gardez les plans générés aussi courts que l’histoire le permet.
  • Décidez de la divulgation avant la production, selon les règles des plateformes et la loi applicable, et testez le montage auprès de vrais spectateurs avant le lancement, en vérifiant ce qu’ils retiennent de la marque.

Sources

Gabriel Brien

Gabriel Brien

Fondateur de l’Agence Crimson Spark. Réalisateur IA et technologue créatif, qui écrit à partir de ce qu’il pratique chaque jour.

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