Un porte-parole IA, c’est une personne générée qui présente une marque en vidéo : le double numérique d’un employé ou d’un mannequin bien réel, ou un personnage inventé de toutes pièces. La technologie est prête. Le public, lui, se méfie. La plupart des erreurs se commettent dans l’écart entre les deux.
Deux marques, deux accueils
En mars 2025, H&M a annoncé la création de jumeaux numériques de 30 mannequins. Les conditions sont arrivées avec la nouvelle : les mannequins détiennent les droits sur leur jumeau, peuvent le réserver pour les séances d’autres marques et sont payés chaque fois, comme pour n’importe quelle campagne. Les critiques ont quand même fusé. Sara Ziff, du groupe de défense Model Alliance, a fait part de « sérieuses inquiétudes » face à des répliques numériques sans protections réelles, et a jugé que le projet soulevait des questions cruciales de consentement et de rémunération.
Quelques mois plus tard, une pub de Guess dans le numéro d’août 2025 du Vogue américain mettait en vedette des mannequins générés par une agence de marketing IA. Aucune personne réelle derrière ces visages. La réaction sur les réseaux sociaux a été vive, et Condé Nast a précisé qu’aucun mannequin IA n’avait jamais paru dans les pages éditoriales de Vogue.
Même technologie, même année. Un projet partait des personnes dont on utilisait le visage. L’autre partait de visages qui n’appartenaient à personne.
Ce que dit le public
Les recherches VisualGPS de Getty Images, fondées sur des sondages menés auprès de 7 500 adultes dans 25 pays, montrent que 98 % des consommateurs jugent les images et vidéos authentiques essentielles à la confiance, et que près de 90 % veulent savoir si une image a été faite avec l’IA. Elles montrent aussi que les gens voient moins favorablement les marques qui utilisent des visuels générés par IA pour créer des personnes ou des produits.
Ce que les consommateurs pensent des images authentiques
Part des adultes en accord, 25 pays
| Énoncé | En accord |
|---|---|
| Les images et vidéos authentiques sont essentielles pour établir la confiance | 98 % |
| Il est important qu’une image soit authentique | 87 % |
| On en arrive au point où je ne peux plus dire si une image est vraie | 76 % |
Expedia Group a observé le même réflexe en voyage : dans sa recherche de 2025, les influenceurs entièrement générés par IA ont suscité malaise, scepticisme et agacement. Un visage synthétique part avec un déficit de confiance. Tout le travail consiste à le combler.
Test 1 : à qui est ce visage ?
Si le porte-parole s’inspire d’une personne réelle, qu’il s’agisse d’une fondatrice, d’un employé ou d’un comédien, il vous faut sa permission écrite, pour cet usage et pour une durée définie. Au Québec, le Code civil le dit clairement : l’article 36 considère comme une atteinte à la vie privée le fait d’« utiliser son nom, son image, sa ressemblance ou sa voix à toute autre fin que l’information légitime du public ». La voix est dans la liste. Une voix clonée compte autant qu’un visage.
Prévoyez le jour où cette personne quittera l’entreprise. Qui contrôle le double, à ce moment-là ? Écrivez la réponse dans le contrat avant de générer la première image.
Si le personnage est inventé, vérifiez qu’il ne ressemble pas par accident à quelqu’un de réel. Un visage généré qui rappelle un acteur connu peut causer le même problème qu’un visage copié.
Test 2 : le spectateur le sait-il ?
Les plateformes et les législateurs convergent vers la divulgation. Depuis mars 2024, YouTube exige que les créateurs signalent les contenus réalistes modifiés ou synthétiques, y compris un visage remplacé par celui d’une autre personne ou une voix générée synthétiquement. L’Europe a fait de la divulgation des hypertrucages une obligation légale en août 2026, et la Californie exige maintenant que les pubs mettant en scène des interprètes générés par IA le disent.
Une mention placée tôt ne coûte rien et change la question dans la tête du spectateur. « Est-ce que c’est vrai ? » devient « Est-ce que c’est utile ? » Une bonne vidéo peut gagner la deuxième.
Test 3 : qu’a-t-il le droit d’affirmer ?
C’est la ligne rouge. Un porte-parole IA peut expliquer, démontrer, guider. Il ne doit jamais se faire passer pour un client. Aux États-Unis, la règle de la FTC sur les faux avis, annoncée en août 2024, interdit les témoignages qui prétendent venir de quelqu’un qui n’existe pas, et cite en exemple les faux avis générés par IA. Au Canada, la Loi sur la concurrence fait déjà de la publication d’un témoignage un comportement susceptible d’examen, à moins que la personne l’ait réellement donné ou approuvé par écrit. Un client généré ne peut rien approuver.
Un animateur synthétique qui présente votre nouveau service en français et en anglais, aucun problème. Un « client satisfait » synthétique, c’est un risque.
Là où ça fonctionne, et là où ça coince
Les usages qui tiennent la route ont un point commun : le spectateur cherche de l’information plus que de l’émotion, le message change souvent, et il doit exister en plusieurs langues. Vidéos d’accueil et de formation, démonstrations de produit, capsules de FAQ, mises à jour mensuelles qui exigeraient sinon un tournage chaque mois. Là, un présentateur constant est un atout. Garder ce présentateur cohérent est un métier en soi.
Ça coince pour les histoires de marque chargées d’émotion, les excuses, et tout ce qui demande au spectateur de croire qu’un humain en répond. Pour ça, mettez une vraie personne devant la caméra.
Avant d’en approuver un
Posez trois questions. À qui appartiennent ce visage et cette voix, et où est la permission signée ? Où le spectateur apprend-il que c’est de l’IA ? Ce personnage dit-il quoi que ce soit que seul un vrai client pourrait honnêtement dire ? Si les trois réponses sont claires, un porte-parole IA peut faire du vrai travail pour une marque. Si l’une d’elles est floue, réglez-la avant le lancement. Le public, lui, posera la question.
Sources
- Fashion giant H&M plans to use AI clones of its human models. Not everyone is happy (CNN, via ABC7 News, 2025, en anglais)
- H&M is making digital twins of models (Morning Brew, 1er avril 2025, en anglais)
- Guess ad in Vogue magazine sparks controversy with its models (ABC News, août 2025, en anglais)
- Nearly 90% of Consumers Want Transparency on AI Images (Getty Images, 30 avril 2024, en anglais)
- Expedia Group Study Reveals New Insights in Travel Content Amid AI Boom (Business Wire, 28 octobre 2025, en anglais)
- Code civil du Québec, articles 35 et 36 (LégisQuébec)
- How we’re helping creators disclose altered or synthetic content (YouTube, 18 mars 2024, en anglais)
- Federal Trade Commission Announces Final Rule Banning Fake Reviews and Testimonials (FTC, 14 août 2024, en anglais)
- Loi sur la concurrence, article 74.02 : épreuves et témoignages (site Web de la législation, Justice Canada)