Les coloristes et les critiques ont un nom pour ce look : « orange and teal », orange et bleu sarcelle. Une fois qu’on l’a remarqué, on le voit sur la moitié des affiches d’un multiplexe. Voici d’où il vient, pourquoi il fonctionne, et ce que les films qui l’ont ignoré peuvent apprendre à une marque.

REC PEAU OMBRE CHAUD FROID OPPOSÉS
Les visages sont chauds. Placez la couleur opposée derrière eux et ils ressortent.

Pourquoi la peau décide de la palette

La peau humaine, peu importe le teint, se situe dans la zone orange de la roue chromatique, du pêche pâle au brun foncé. Les acteurs sont dans presque tous les plans : l’orange est donc déjà à l’écran avant que personne ne touche à l’image.

La couleur directement opposée à l’orange est un bleu-vert : le bleu sarcelle. Poussez les ombres et les arrière-plans vers ce bleu et les visages ressortent, parce que les couleurs opposées créent le contraste le plus fort que l’œil puisse percevoir. Résultat : une image vive, lisible, avec l’acteur comme sujet évident.

Comment c’est devenu le réflexe

Pendant la plus grande partie de l’histoire du cinéma, la couleur venait de la pellicule, du laboratoire, de l’éclairage et des décors. Changer la teinte d’un film entier après le tournage était lent et limité. L’étalonnage numérique a tout changé. Pleasantville (1998) a été l’un des premiers longs métrages numérisés et traités en grande partie par ordinateur, et O Brother, Where Art Thou? (2000) a été la première production hollywoodienne étalonnée numériquement du début à la fin sans être un film à effets spéciaux.

Dès que chaque image a pu être travaillée dans un logiciel, un look fort et sans risque a pu être appliqué sur deux heures de film, dans les délais. En 2010, un billet de blogue de Todd Miro intitulé « Teal and Orange, Hollywood, Please Stop the Madness » a transformé la tendance en plainte publique.

Trois films qui ont choisi autre chose

Matrix (1999). Dans la simulation, l’image tire vers le vert, une teinte pensée pour sembler subtilement fausse. Le monde réel tire vers le bleu. Les deux teintes vous disent où vous êtes sans une ligne de dialogue. Le vert a été accentué pour le Blu-ray de 2008, puis ramené vers l’original sous la supervision du directeur photo Bill Pope pour la version 4K de 2018.

Mad Max : Fury Road (2015). Le film rejette le look délavé de la plupart des films postapocalyptiques. Le jour brûle dans un orange saturé. La nuit, tournée en nuit américaine, devient d’un bleu profond et argenté. C’est de l’orange et du bleu, mais poussés à l’extrême et séparés par le moment de la journée plutôt qu’étalés sur chaque plan. Le coloriste Eric Whipp a participé très tôt à la construction du look.

Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain (2001). Jean-Pierre Jeunet et le directeur photo Bruno Delbonnel ont construit un Paris de verts et de rouges, avec des peaux dorées. Personne ne le confond avec la réalité, et c’est voulu : la couleur annonce un conte.

Quatre palettes, quatre intentions

Le look par défaut et trois films qui ont choisi autrement

Le réflexe des superproductionspeaupeauombresombresMatrixsimulationsimulationmonde réelmonde réelMad Max : Fury RoadjourjournuitnuitAmélievertvertrougerougejaunejaune
Teintes approximatives, à titre d’illustration. Sources : Screen Rant, Animation World Network, In Depth Cine.

Une palette, c’est un sens

Dans chacun de ces films, la couleur transporte de l’information : où on est, quel moment de la journée, quoi ressentir, quel genre d’histoire on raconte. L’orange et le bleu n’en transportent presque aucune. Ils disent « ceci est un film », et rien de plus. C’est pour ça qu’ils sont sans risque, et c’est pour ça qu’on les oublie.

Pourquoi la vidéo IA adore l’orange et le bleu

Demandez quelque chose de « cinématographique » à un modèle vidéo et il y a de bonnes chances que vous obteniez des visages chauds sur des ombres froides, une heure dorée qui ne finit jamais et un reflet d’objectif en prime. Les modèles reflètent ce qu’ils ont vu le plus souvent, et une énorme part des images qualifiées de cinématographiques depuis vingt ans sont étalonnées exactement comme ça. Le réglage par défaut n’est pas mauvais. Il appartient simplement à tout le monde.

C’est le coût caché de l’image générée pour une marque : sans décision, votre film ressemble à la moyenne de toutes les bandes-annonces. La couleur devient le moyen le plus rapide de dire au spectateur que personne n’a choisi.

Choisir une palette, c’est poser les questions que se sont posées les Wachowski, George Miller et Jeunet. Que doit dire cette couleur sur la marque, le produit, l’univers du film ? Une palette froide et nette pour une clinique. Une palette brûlée et saturée pour une marque de hors-route. Une seule couleur signature qui revient dans chaque plan. Puis la tenir d’un plan à l’autre, et c’est là que la plupart des films générés s’effondrent. On en parle ici.

Sources

Gabriel Brien

Gabriel Brien

Fondateur de l’Agence Crimson Spark. Réalisateur IA et technologue créatif, qui écrit à partir de ce qu’il pratique chaque jour.

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